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Capsule temporelle : Replongeons dans l’histoire d’ADPM à travers le témoignage de Maggie

Par un bel après-midi d’avril, j’eus la chance d’interviewer Maggie, ancienne responsable des parrainages au Burundi et au Rwanda. Elle a commencé sa carrière chez APD pour la terminer chez ADPM, où elle est aujourd’hui une précieuse bénévole.

 

Depuis la fin des années 90, des initiatives de parrainage voient le jour entre la Belgique, le Rwanda, le Burundi et le Liban. En 2001, un nouveau souffle est donné au projet avec une volonté claire : structurer les actions et leur donner une véritable dimension de développement. C’est alors qu’ADPM naît, en se détachant d’APD.

Maggie s’est rendue à plusieurs reprises au Rwanda. Ces voyages furent déterminants : ils permettaient de rencontrer les bénévoles locaux, de mieux comprendre les difficultés sur place et de faire un choix crucial : quel projet allait être mis en place.

 

À Kigali, la situation des enfants des rues l’interpelle, mais c’est une autre réalité qui la marquera profondément : celle des enfants domestiques.

C’est ainsi que naît le projet « Droit de l’enfant », aussi appelé « Projet TUJIJUKE », qui signifie « Soyons éveillés, instruits ». En collaboration avec le CLADHO, ce projet visait l’alphabétisation de ces enfants travailleurs. L’objectif était simple mais fondamental : redonner aux enfants la capacité de se projeter, de rêver et de choisir.

Sur le terrain, Maggie raconte avoir été particulièrement touchée par la réponse de l’un d’eux. Elle lui demanda : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » Face à cette question, l’enfant resta sans réponse.

« C’était comme si un gigantesque mur se dressait entre lui et son futur, nous dit-elle. Leur avenir, c’était de travailler comme domestiques. »

Comme si l’avenir leur était inaccessible, comme si leur destinée se limitait à reproduire ce qu’ils vivaient déjà. En 2009, près de 80 % des jeunes qui suivaient ces cours avaient entre 14 et 17 ans et étaient domestiques depuis deux ans. La majorité travaillait sans interruption, de 7 h à 20 h. Aujourd'hui, ce projet a eu un impact considérable. Par exemple, en 2015, 150 jeunes domestiques bénéficiaient de cette aide.

Lors d’un second voyage, une décision essentielle fut prise : désigner un partenaire local du CLADHO. Pascal fut choisi parmi plusieurs candidats. L’histoire se poursuivit ensuite avec Nadine, qui lui succéda. Ancienne enfant parrainée, elle incarne à elle seule le sens de ces actions.

Lors de sa venue en Belgique, elle rencontra son parrain — un moment fort et chargé de sens. Pour elle, la boucle était bouclée.

 

Fin 2005, d’autres projets virent également le jour, raconte Maggie. Au Burundi, une initiative originale fut développée : une collaboration avec la boulangerie belge « L’Épi Doré » et le SASB. « Chaque pain à l’épeautre vendu générait des bénéfices destinés aux projets au Burundi. Ce fut un grand succès. »

Toujours en Belgique, elle organisait chaque année le « Restaur-Ensemble », un rendez-vous convivial autour d’un repas qui permettait de récolter des fonds pour les projets. « C’était surtout un moment très apprécié des donateurs, avec une grande tombola qui aidait à financer l’ensemble. »

« Au fil du temps, c’est devenu un véritable temps fort de l’année : une occasion de se retrouver, d’inviter des amis et de partager un moment chaleureux autour d’ADPM. »

 

À côté de cela, elle se rendait dans plusieurs écoles belges pour sensibiliser les plus jeunes.

 

« Une de mes plus belles réussites fut la semaine du Carême au lycée de Hannut. Grâce aux bénéfices des ventes réalisées par les étudiants, l’école a pu parrainer huit jeunes au Burundi pendant trois ans, trois ans ! La fierté de ces jeunes se lisait dans leur regard. »

 

Jérémy faisait partie de ces jeunes parrainés. Maggie se souvient encore de leur rencontre lors d’un autre voyage. À la fin de ses trois ans de parrainage, elle lui avait trouvé une marraine très engagée, une femme exceptionnelle qui a accompagné jusqu’à la fin de sa vie pas moins de 14 filleuls. Une figure profondément marquante.

À l’époque, Jérémy poursuivait des études de médecine. Après le décès de cette marraine, il avait besoin d’un nouveau soutien.

C'est pourquoi en 2012, lors d’une animation au Rotary club de Durbuy, Maggie s’y rendit avec André Motte, alors président d’APD et d’ADPM. C’est là qu’elle proposa de reprendre le parrainage de Jérémy. Ils décidèrent alors de l’accompagner jusqu’au bout de son parcours.

Aujourd’hui, Jérémy est devenu chirurgien urgentiste.

 

 

Lors d’un voyage plus récent, Maggie a eu la joie de le revoir, accompagné de sa femme et de son bébé. Elle a même été invitée à son mariage… Un moment profondément émouvant et bouleversant, qui résume à lui seul tout ce que ces liens ont pu construire au fil du temps, bien au-delà du simple parrainage.

Transportée par ses récits, j’ai eu l’impression de faire un véritable bond dans le temps. Je n’ai cependant pas pu m’empêcher de me poser une question : qu’en est-il aujourd’hui ?

 

Au fil des années, Maggie observe aussi un réel changement de mentalité. Pour elle, rien ne se fait sans volonté ni motivation.

Mais elle remarque également qu’il est devenu plus difficile, pour beaucoup, de donner de l’argent. Selon elle, les jeunes, en particulier, ressentent davantage le besoin de souffler et de se détendre face à leurs propres préoccupations.

Elle a aussi le sentiment qu’autrefois, les initiatives étaient plus nombreuses et les projets plus faciles à lancer. Un contraste qui, à ses yeux, montre combien le contexte a évolué, même si l’envie d’aider reste bien présente.

Aujourd’hui, cette aventure humaine témoigne d’un chemin parcouru avec humilité et détermination, fait de rencontres, de partages, de liens tissés et de vies bouleversées.

Car l’histoire d’ADPM s’écrit avant tout grâce à vous, parrains et marraines. Par votre fidélité, votre générosité et votre confiance, vous avez permis à des milliers de jeunes, depuis 25 ans, de croire en leur avenir et d’ouvrir le champ des possibles.

Maggie termina alors son interview en nous rappelant les mots de notre fondateur, Dominique Pire :

« Tant que les gens parleront entre eux, ils ne se battront pas. »

 

Interview de Maggie réalisée par Amélie Lazorik, Collaboratrice administrative chez ADPM.

 

 

 

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