En ce début du mois de mars 2026, alors que le mois sacré du Ramadan venait à peine de commencer, le Liban a basculé dans une nouvelle phase d’escalade dramatique.
Dans la nuit du 2 mars, des frappes massives ont visé la banlieue de Beyrouth ainsi que des dizaines de villages au Sud-Liban et dans la Békaa. En l’espace d’une heure, plus de vingt bombes ont été larguées, sans préavis, à un moment où les familles dormaient ou se préparaient au souhour.
Le bilan provisoire fait état de dizaines de morts et de plus d’une centaine de blessés, alors que les opérations de recherche se poursuivent encore sous les décombres . Mais au-delà des chiffres, c’est un pays déjà fragilisé par des années de crises économiques et sociales qui se retrouve de nouveau plongé dans l’incertitude et la peur.
Un déplacement massif en plein hiver
L’escalade a déclenché un mouvement de déplacement d’ampleur exceptionnelle. Plus d’un million de personnes issues de dizaines de localités ont dû fuir dans l’urgence. Beaucoup sont parties de nuit, sans pouvoir emporter d’effets personnels, parfois en simples vêtements d’intérieur, sous des températures hivernales particulièrement rudes.
Des écoles et des centres collectifs ont été transformés en abris d’urgence. Toutefois, les conditions restent extrêmement précaires : manque de chauffage, pénurie de produits d’hygiène, absence d’intimité, familles contraintes de dormir dans des véhicules ou à l’extérieur faute de places disponibles. Les besoins humanitaires augmentent plus vite que les capacités de réponse.
Dans un pays déjà à bout de souffle, la perspective d’un nouvel exode massif fait peser un risque majeur d’effondrement social.
Des acteurs locaux mobilisés malgré le danger
Malgré l’intensité des bombardements, les centres de santé, y compris les services pédiatriques, dentaires et de santé reproductive, restent ouverts afin d’assurer les soins essentiels.
Les équipes de NISCVT ont réorienté une partie de leurs activités vers l’assistance d’urgence et le soutien psychosocial, en particulier auprès des enfants traumatisés par les explosions nocturnes et des familles déplacées pour la deuxième ou troisième fois en quelques années. Les écoles, devenues centres d’hébergement, ont suspendu leurs activités éducatives régulières, mais les dispositifs restent prêts à reprendre dès que les conditions le permettront.
Cette capacité à agir sous pression illustre l’ancrage profond de la société civile libanaise et palestinienne, forte de décennies d’engagement auprès des communautés.
Les camps palestiniens : entre résilience et vulnérabilité extrême
Dans les camps et rassemblements palestiniens du Sud-Liban et de la région de Beyrouth, la tension est particulièrement vive. Les habitants vivent dans la crainte d’une extension des frappes à proximité immédiate de zones densément peuplées.
Si ces communautés ont démontré une résilience remarquable face aux crises successives, la situation actuelle approche d’un point critique. Une nouvelle vague de déplacements internes viendrait fragiliser davantage des populations déjà exposées à une grande précarité.
Un appel collectif à la protection citoyens
Réunis le 3 mars à Beyrouth, les représentants du réseau des ONG libanaises et du comité de suivi des organisations civiles libanaises et palestiniennes ont lancé un appel commun face à la gravité de la situation.
Ils rappellent que la protection des civils, le respect du droit international humanitaire et la préservation des hôpitaux, écoles, centres de santé et infrastructures civiles doivent constituer une priorité absolue. Dans un contexte où des centaines de milliers de personnes vivent déjà dans des conditions humanitaires critiques, une nouvelle spirale de violence risquerait d’aggraver de manière irréversible la crise sociale.
Les organisations appellent également à une coordination renforcée entre autorités publiques, société civile et acteurs internationaux, afin de garantir une réponse équitable, rapide et centrée sur la dignité humaine
Au-delà de l’urgence matérielle, c’est la cohésion sociale qui est aujourd’hui en jeu. Les ONG locales réaffirment leur engagement à rester aux côtés des populations, à défendre leurs droits et à préserver leur dignité, quelles que soient les circonstances.
Pour ADPM, ces développements confirment l’importance d’un soutien constant et structuré à ses partenaires. Dans cette période marquée par la peur, le froid et l’incertitude, la solidarité internationale n’est pas un geste symbolique : elle constitue une condition de survie pour des milliers de familles.

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