Ce rapport présente un aperçu de la situation actuelle au Liban, en mettant en lumière les graves défis sociaux, économiques et politiques qui affectent les populations vulnérables, en particulier les réfugiés palestiniens. Il décrit l’impact des récentes réductions des services de l’UNRWA sur la santé, l’éducation et l’assistance sociale, ainsi que les risques qui en découlent pour les enfants, les familles et les communautés.
1. Contexte national
Le Liban traverse des conditions sociales, économiques et politiques extrêmement difficiles.
Sur le plan économique, le pays fait face à une crise sévère marquée par une forte inflation, un chômage élevé, des salaires faibles et une hausse importante des prix des biens de première nécessité, en particulier des produits alimentaires, rendant de plus en plus difficile pour les familles de subvenir à leurs besoins quotidiens.
Sur le plan social, la pauvreté a augmenté, l’accès aux soins de santé et à l’éducation s’est restreint, et la hausse des frais scolaires et universitaires, ainsi que les coûts élevés de transport vers les établissements secondaires et universitaires, ont accru la pression sur les familles.
Sur le plan politique, l’instabilité persistante et les menaces sécuritaires quotidiennes, notamment à la suite de la guerre de 2024, ont aggravé la crise et ralenti le redressement, laissant la population dans un état constant de pression et d’anxiété quant à sa sécurité.
2. Situation des réfugiés palestiniens au Liban
La situation des réfugiés palestiniens au Liban se caractérise par une exclusion juridique prolongée, une pauvreté enracinée et des vulnérabilités persistantes en matière de sécurité et de protection.
Les réfugiés palestiniens sont privés d’accès aux systèmes publics de santé, d’éducation et de sécurité sociale, ce qui les rend fortement dépendants de l’UNRWA en tant que principal fournisseur de services de base.
Au Liban, la loi interdit aux réfugiés palestiniens d’exercer au moins 39 professions réglementées, comme la médecine, le droit ou l’ingénierie, qui nécessitent une autorisation officielle. Ne pouvant pas accéder à ces métiers, beaucoup sont contraints de travailler dans le secteur informel, avec des emplois précaires et mal rémunérés, ce qui entretient une situation de pauvreté durable.
Les conditions de vie dans les camps sont extrêmement précaires, caractérisées par un surpeuplement, des infrastructures détériorées et des écoles surchargées où les classes accueillent souvent entre 45 et 50 élèves. Depuis l’adoption de la loi 296/2001, les réfugiés palestiniens n’ont également plus le droit d’acquérir ou de transférer légalement des biens immobiliers au Liban.
Selon l’UNRWA, environ un demi-million de réfugiés palestiniens sont enregistrés au Liban, dont environ 200 000 résident actuellement dans le pays, et plus de 80 % vivent sous le seuil de pauvreté. Ils vivent dans 12 camps officiels et de nombreux regroupements informels à travers le pays. On estime que 70 % à 93 % des réfugiés palestiniens n’ont pas accès à une eau potable propre, à une électricité fiable et à un logement adéquat.
Les améliorations des infrastructures dans les camps sont limitées par les autorités libanaises afin d’éviter toute « installation permanente », ce qui maintient des conditions de vie inférieures aux normes. Les camps sont souvent entourés de points de contrôle militaires et présentés comme des « zones d’insécurité », ce qui restreint davantage la liberté de circulation.
3. Groupes particulièrement vulnérables
Les réfugiés palestiniens venus de Syrie (PRS) figurent parmi les populations les plus exposées aux risques. Plus de 23 000 personnes résident actuellement au Liban et font face à de graves défis juridiques et de protection. Depuis mai 2024, ils sont en grande partie dans l’impossibilité d’obtenir ou de renouveler un statut de résidence légale, augmentant leur exposition à l’arrestation, à la détention, à l’exploitation et aux restrictions d’accès aux services.
Les enfants, adolescents, personnes en situation de handicap, personnes âgées et personnes atteintes de maladies chroniques font face à des vulnérabilités accrues en raison de la pauvreté, de l’exclusion juridique et de la réduction de l’aide humanitaire.
4. Impact sur les enfants et la santé mentale
Les effets cumulés du déplacement, de la pauvreté, de l’insécurité et du conflit ont eu un impact sévère sur la santé mentale et le bien-être psychosocial des enfants.
Une évaluation de l’UNICEF menée après la guerre de 2024 a révélé que :
- 72 % des personnes en charge d’enfants ont déclaré que leurs enfants étaient anxieux ou nerveux pendant la guerre
- 62 % ont indiqué que leurs enfants étaient déprimés ou tristes, montrant une augmentation marquée par rapport aux données d’avant-guerre.
L’UNICEF avertit que les enfants exposés à un stress traumatique prolongé risquent de subir des conséquences psychologiques et développementales à long terme sans soutien durable. (Ref: UNICEF Report- Lebanon 2025-Shattered Childhoods, the catastropic toll of war on children in Lebanon)
Le rapport annuel 2024 de l’UNRWA souligne également des signes préoccupants de détresse émotionnelle chez les enfants d’âge scolaire, notamment un risque psychologique accru et une diminution du bien-être. (Annual Report 2024, Department of Health)
La mise à jour Protection de l’UNRWA, couvrant la période du 1er avril au 30 juin 2025, souligne la persistance des risques auxquels sont confrontés les réfugiés palestiniens au Liban. Elle met en évidence des difficultés socio-économiques durables ainsi que des obstacles à l’accès aux services essentiels, notamment en matière de santé mentale.
Les normes humanitaires et les cadres de protection de l’enfance soulignent l’importance d’un soutien en santé mentale et psychosocial (MHPSS) accessible, rapide et communautaire. Toutefois, l’accès aux services spécialisés dans les camps du sud du Liban demeure limité, les communautés dépendant principalement des services de l’UNRWA, insuffisants face à la demande croissante.
5. Réductions des services de l’UNRWA et impact humanitaire
Les réfugiés palestiniens au Liban demeurent presque entièrement dépendants de l’aide humanitaire, l’UNRWA restant le principal fournisseur d’éducation, de soins de santé et d’assistance d’urgence, malgré de graves pénuries de financement.
L’UNRWA met en œuvre d’importantes réductions de services au Liban en raison d’un déficit financier sévère, aggravé par des pressions politiques visant son rôle dans le soutien aux réfugiés palestiniens jusqu’à la réalisation du droit au retour. Ces réductions affectent directement environ 200 000 réfugiés.
Santé
La couverture médicale a été fortement réduite, passant d’une prise en charge de 90 % des coûts à environ 10 %. Le 1er février 2026, les mesures incluaient, la réduction des jours d’ouverture des cliniques (de 5 à 4 jours par semaine), la diminution des budgets de référence hospitalière, le licenciement de personnel soignant.
Éducation
L’UNRWA a annoncé une réduction d’environ 20 % de sa capacité opérationnelle au Liban. Les écoles ont réduit la semaine scolaire de cinq à quatre jours, suscitant des inquiétudes quant à la continuité et à la qualité de l’apprentissage.
Aide alimentaire et financière
Les programmes trimestriels d’assistance financière ciblant les groupes les plus vulnérables ont été partiellement réduits ou suspendus. Le programme d’aide alimentaire de l’UNRWA, qui bénéficie à 114 000 réfugiés, fait également face à une incertitude budgétaire.
Ces réductions ont provoqué des manifestations dans plusieurs camps. Les résidents ont exprimé leur opposition, soulignant que l’UNRWA demeure le principal fournisseur de services essentiels. Ces coupes risquent d’aggraver la situation des 80 % de réfugiés déjà sous le seuil de pauvreté.
Des restrictions ont également été imposées dans les écoles et centres de l’UNRWA, interdisant l’affichage de symboles culturels palestiniens (drapeau, carte de la Palestine, port du keffieh), mesures perçues comme contribuant à l’effacement de l’identité culturelle palestinienne.
6. Conclusion et besoins prioritaires
Plusieurs générations ont grandi dans les camps sans solution durable à leur statut de réfugié, entraînant de profondes conséquences psychologiques et sociales.
Privés de citoyenneté, de droits de propriété et d’accès à la plupart des professions, les réfugiés font face à des opportunités extrêmement limitées de progression socio-économique.
Les réfugiés palestiniens au Liban demeurent piégés dans une vulnérabilité prolongée, légalement exclus, économiquement marginalisés et politiquement sans voix.
Les réductions de services de l’UNRWA, dans un contexte d’effondrement national et de traumatisme post-guerre, risquent d’entraîner une détérioration catastrophique des indicateurs de santé, d’éducation et de protection.
Sans rétablissement urgent des financements, élargissement de l’accès humanitaire et réformes fondées sur les droits, une génération entière risque des dommages irréversibles. Le plaidoyer en faveur des droits juridiques et sociaux demeure essentiel pour prévenir un effondrement humanitaire supplémentaire.
NISCVT - National Institution of Social Care and Vocational Training
(Traduction de l’anglais au français par ADPM)

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